Bashung : vertige de l’indien

Dix ans. Déjà. Et pourtant, il est toujours là. Présent sur les ondes, dans la mémoire des artistes et du public. Prolongeant son œuvre avec « En amont », ultime opus, posthume, sorti en novembre 2018 et qui vient de remporter la Victoire de la musique de l’album de chansons. Ma petite entreprise, La nuit je mens, Vertige de l’amour, Osez Joséphine, Résident de la république, Immortels… Chanteur estampillé « rock intello » qui traîne sa fausse désinvolture et ses vraies angoisses depuis son adolescence, Bashung est un artiste qui sait si bien mêler les subtilités de la langue française avec une musique riche et envoûtante.

“C’était marrant, les premières bricoles en musique… Je ne connaissais tellement rien que ma première guitare, une Lucky 7, je l’ai branchée directement sur le secteur et elle a explosé. Je ne savais pas qu’il fallait un ampli…”

Après un début de carrière difficile, Alain Claude Baschung dit Alain Bashung, est devenu une figure importante de la chanson et du rock français a influencé un grand nombre de chanteurs de la nouvelle scène française. Il est aussi auteur-compositeur-interprète et comédien français.

Né le 1er décembre 1947 à Paris, d’une mère bretonne et d’un père supposé kabyle qu’il n’a jamais connu, Alain prend le nom de son beau-père et passe son enfance dans la famille de celui-ci, en Alsace. Ses premiers émois musicaux : les valses de Strauss, de Wagner, puis le rock’n’roll, à travers les radios des bases américaines installées en Allemagne. De retour à Paris, il découvre Edith Piaf, Buddy Holly, Elvis Presley. Bashung est habité par une soif de découverte, essentiellement dans le domaine musical. Bien qu’il soit diplômé d’un BTS comptabilité, l’école n’intéresse guère l’adolescent qui se reconnaît volontiers dans les rythmes blues et rock américains. Pour faire plus « anglish », il supprime le « c » de son nom de famille.

Avec des amis, il forme le groupe The Dunces (les cancres), dont les premiers 45 tours sortent en 1966, sans rencontrer un véritable public. Mais Bashung travaille pour les autres comme arrangeur et apprend ainsi son métier. En 1973, le compositeur Claude-Michel Schönberg, pour son premier spectacle musical « La Révolution Française », lui offre le rôle de Robespierre. Dès lors, Bashung gardera le virus du jeu et y reviendra bien des années plus tard par le cinéma. Dans le même temps, il compose des musiques pour les albums de Dick Rivers, qui l’engage comme homme à tout faire.

En onze ans, Alain Bahsung sort une douzaine de singles (sous différents pseudonymes), sans grand succès. Mais la rencontre avec l’ingénieur du son Andy Scott et le parolier Boris Bergman va tout changer… En 1977, le premier album « Roman-Photos » est un échec commercial, au vu du contexte de la déferlante punk. Deux ans plus tard sort « Roulette russe », un album très sombre et plus rock mais qui reste, comme le précédent, très peu diffusé. Il faudra attendre la fin de 1980 pour que le chanteur de 35 ans connaisse enfin le succès avec la sortie de Gaby oh Gaby. Cynisme, jeux de mots savoureux et humour sophistiqué : ces éléments permettront à Bashung d’être adopté par le public. En 1981, il confirme son talent auprès de la critique musicale et de ses fans, avec la sortie de l’album « Pizza » et le tube mythique Vertige de l’amour. Brouillé avec son parolier Boris Bergman, le chanteur va s’adresser au maître des mots Serge Gainsbourg. L’album « Play blessures » sort en 1982 et déconcerte le public par ses accents new-wave. Bashung donne le ton : il ne sera jamais là où on l’attend. Si c’est un échec commercial à l’époque, cet album reste aujourd’hui une pièce essentielle de la discographie du chanteur.

Gardant cette liberté de faire ce qu’il veut, Bashung sort en 1984 un album un peu plus sombre « Figure Imposée ». Puis il revient à la tête des charts en 1985 avec SOS amor et Touche pas à mon pote. « Passé le Rio Grande » lui permet en 1986 de renouer avec la veine de ses premiers tubes et de collaborer à nouveau avec Boris Bergman. Cet album sera récompensé aux Victoires de la musique comme « Meilleur album rock ». En 1989, avec l’album « Novice », c’est le retour de l’expérimentation et des sonorités sombres, new-wave… et c’est un nouvel échec commercial.

À l’aube des années 1990, Bashung rompt avec l’utilisation des machines et des synthétiseurs. Enregistré en partie à Memphis avec des musiciens américains, « Osez Joséphine » sort en 1991. Cet album aux sonorités blues contient des reprises de classiques du rock américain. Bashung élargit encore son audience, l’album se vend très bien et le single Osez Joséphine est son premier vrai tube depuis Vertige de l’amour, sorti dix ans plus tôt. Sur le même album, on retrouve Volutes ainsi que Madame rêve, un titre rapidement incontournable de son répertoire, qui laisse entrevoir ses évolutions artistiques à venir. En 1992, il reprend Les mots bleus de Christophe, dans la compilation « Urgence : 27 artistes pour la recherche contre le sida ».

En 1994, l’album « Chatterton » sort, et le titre Ma petite entreprise est un nouveau succès pour Bashung. Dans la foulée, il entame une tournée de deux ans, couronnée, en 1995, par le double album en concert « Confessions publiques ». À partir de 1994, Bashung se consacre davantage à sa carrière de comédien débutée en 1981.

L’année 1997 est lourde en événements personnels (dépression, séparation avec sa femme et déménagement dans le quartier de Belleville à Paris), Bashung s’attelle au chantier du disque qui sera souvent considéré comme son plus grand chef-d’œuvre : « Fantaisie militaire », sorti en 1998. Grâce entre autres à La nuit je mens, il touche au cœur le public mais également la profession. Il remporte en 1999 trois Victoires de la Musique : meilleur album, meilleur clip pour La nuit je mens et artiste de l’année.

En 2000, il sort « Climax », un double album de compilations dans lequel il revisite certains de ses plus grands titres, dont Volontaire en duo avec Noir Désir. Il écrit pour Vanessa Paradis la chanson L’eau et le vin, qui figure sur son album « Bliss ».
En 2002, sort « L’imprudence ». Près d’une dizaine d’années après avoir donné son dernier concert, Alain Bashung renoue avec la scène en 2003 et entame une tournée sophistiquée teintée de rock, immortalisée dans un double CD « La tournée des grands espaces ». En mars 2008 sort « Bleu Pétrole », le dernier album studio enregistré de son vivant, en collaboration avec Arman Méliès, Gérard Manset ou Gaëtan Roussel (Louise Attaque).

S’en suit une tournée et une série de concerts à Paris, en dépit des séances de chimiothérapie que subit Bashung. Le cancer des poumons qui le ronge depuis un an aura finalement raison de lui le 14 mars 2009, après avoir reçu, deux semaines plus tôt trois Victoires de la Musique. Dix ans plus tard, Bashung égale Mathieu Chédid (-M-) en ajoutant un 13ème trophée lors des Victoires de la musique, pour l’album « En Amont » sorti en 2018.

Enfin, pour ceux qui l’ignorent, le surnom de « l’Indien » qu’on donne à Bashung vient d’un album confidentiel sorti en 92 « Réservé aux indiens ». Les jeux de mots. Toujours.

 

A ECOUTER : Alain Bashung « Dimanche à l’Élysée »

 

Enregistré le 14 décembre 2008 à l’Élysée Montmartre, ceux qui y ont assisté gardent en mémoire le souvenir d’un concert plus fort que la vie. Bashung était au sommet de son art et au plus bas physiquement. Une voix insensée, pleine, habitée, tout en reflets moirés mi-satin, mi-velours, une gestuelle millimétrée, des textes incarnés à la syllabe près, des musiciens au diapason. Éblouissant.

Bien sûr, ce double album ne s’écoute pas comme un live ordinaire. Et s’il ne réserve pas la moindre surprise, il charrie en revanche son inévitable lot d’émotions, comme pour d’impossibles retrouvailles qui nous ser­reraient la gorge. L’ultime concert donné par Alain Bashung. « Je suis venu vous dire que je m’en vais »…

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