Kaleo : « A/B »

Originaire d’Islande, Kaleo est un groupe de 4 amis d’enfance dont le second album « A/B », sorti en 2016, les a fait découvrir au public français avec Way down we go, un titre plutôt pop, simple, léger et efficace puisque le refrain reste rapidement en tête. Mais Kaleo est beaucoup plus éclectique que ça. Découvrons.

Ce qui saute aux oreilles dès le départ, c’est la palette vocale du chanteur Jökull Júlíusson, un mélange d’Aloe Blacc et Hozier en passant parfois par Ásgeir et sa palette vocale angélique. Ce qui laisse présager du bon pour la suite. Il faut  aussi savoir que « A/B » a été enregistré aux Etats-Unis, et ça se ressent dans la musique que propose Kaleo sur ce second album.

D’entrée, les islandais donnent le ton et nous plongent dans le bain de la musique américaine, dans ce qu’elle a de plus divers, avec le titre No good (figurant sur la B.O de la série « Vinyl ») : une rythmique heavy-blues, un son de caisse claire sauvage, une distorsion légèrement baveuse côté guitare et les clappements de mains sur le break. C’est ce qu’on appelle une belle entrée en matière !  Une sorte de mix hommage à Franz Ferdinand et les grands noms du blues comme RTy Taylor ou Muddy Waters.

Second titre : Way down we go, le chouchou des radios à sa sortie. Un savant mélange de blues et de soul, qui passe d’une sorte d’invocation liturgique à une rythmique plus lourde, plus sombre. Et la voix grave et rocailleuse du chanteur ajoute à ce morceau une dimension rédemptrice.

Avec Broken Bones j’ai eu l’impression de revoir le film « O’Brother ». Le bruit des chaines qui claquent, les chevilles meurtries, le chant des prisonniers au travail cadencé sur les bords de route, dans les carrières, sous la surveillance de gardiens armés. Une plongée en plein Bayou, avec un blues séminal « made in Louisiana ».

En revanche, même si Glass house et Hot blood peuvent donner envie de danser, ces deux titres rock et pop sont beaucoup plus « communs », moins travaillés, presque formatés. L’impression d’avoir déjà entendu et d’entendre ce genre de chanson régulièrement, un peu partout.

Mais Kaleo nous offre aussi de belles balades, comme All the pretty girls, un titre cristallin et magique, ou Vor I Vaglaskogi, un titre tout aussi stellaire, interprété dans la langue natale du groupe. Une fois encore, Jökull Júlíusson nous dévoile ses talents vocaux, maniant divinement l’art du falsetto (c’est la voix la plus aiguë du registre masculin) comme le font Ásgeir ou Sigur Ros.

On trouve aussi une petite touche de country avec Automobile, titre qui n’est pas sans (me) rappeler l’excellent tube You got it de Roy Orbison (vous savez, l’interprète de la chanson Pretty woman). Si on ferme les yeux, on peut aisément imaginer un road-trip les routes des grandes étendues américaines. Tout comme sur l’électro-acoustique Save yourself aux intonations folk. Mais déjà le voyage touche à sa fin avec I can’t go on without you. Un titre prenant où se mêlent trémolos et vibratos, presque comme une lamentation, avec des larmes embusquées. Puis un sifflement, comme un au-revoir. 

Kaleo propose plusieurs horizons musicaux en explorant le rock, le blues, le folk, la pop. Le groupe associe de manière magistrale les influences de deux mondes, celui des terres glacées d’Islande et celui des étendues immenses et variées des Etats-Unis, des marécages de Louisiane au désert texan. Un mélange de feu et de glace emprunt de terroir, de tradition, de riffs « old school ».

MAIS… car il y en a un : si on peut retenir « A/B » comme l’une des belles découvertes de l’année 2016, l’album apporte néanmoins un coup de mou sur la seconde partie, un manque de rythme, de cadence. Sans doute dû à l’enchaînement de ballades, certes très belles et bien interprétées, mais selon moi un peu trop redondantes. C’est dommage, car si Kaleo commençait à trouver sa marque de fabrique, il avait aussi le potentiel pour signer là un grand disque.

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